Fin janvier signe l’heure des premiers grands rendez-vous culturels en province, à l’image du festival de la BD à Angoulême ou de la Folle Journée à Nantes. Si le célèbre week-end musical initié par René Martin, placé cette année sous le signe de la nature, a fait des petits dans la région Pays de la Loire, l’actualité côté ouest, c’est aussi – après le Théâtre Graslin à Nantes – la tournée des Chevaliers de la table ronde à Angers, désopilant opérette bouffe d’Hervé mis en scène façon faux Buren, avec rayures noires et blanches par Pierre-André Weitz, le scénographe d’Olivier Py. Porté par le Palazetto Bru Zane, interlocuteur incontournable dans la recréation du répertoire romantique français oublié, le projet a été créé à Bordeaux en novembre dernier, avant de multiplier les étapes en France – et pas seulement, puisqu’il passera aussi par Venise en février ; l’escale nantaise – et angevine – est aussi l’expression d’une gratitude du metteur en scène envers l’un de ses plus fidèles soutiens, le directeur de la maison bicéphale, Jean-Paul Davois.
Festin parodique
Emmenée par la vitalité communicative de Christophe Grapperon et sa compagnie Les Brigands, dans une réduction pour treize instrumentistes due au partenaire de toujours, Thibaut Perrine, la résurrection rend justice à une partition irrésistiblement parodique, au diapason d’un livret généreux en calembours et autres grivoiseries, jusqu’à une pantomime de partie fine où les preux combattants s’accommodent de la disponibilité féminine réduite à un seul exemplaire. Dans cette relecture des serviteurs d’Arthur aux vagues relents de Village People, la plateau vocal donne une tribune appréciable aux talents prometteurs de la nouvelle génération du chant français, où l’on distingue entre autres le Roland grimé diction banlieue de Rémy Mathieu, à la vaillance lyrique indéniable. On ne boudera pas la Mélusine de Chantal Santon-Jeffery, caricaturant délicieusement les stéréotypes hispanisants, ni Ingrid Perruche en duchesse Totoche victime de sa garde-robe. Maître et serviteur font la paire avec Damien Bigourdan et Antoine Philippot, respectivement duc et sénéchal, quand le Médor de Mathias Vidal s’acoquine joyeusement avec l’Angélique plus délurée qu’il n’y paraît de Lara Neumann.
A vos agendas
C’est en Belgique que l’on se donnera rendez-vous pour les prochains mois, avec deux nouvelles productions d’Otello de Verdi et d’Idomeneo de Mozart, à Anvers et Gand, où Michael Thalheimer et David Bösch sauront se montrer à la hauteur de la réputation parfois iconoclaste de l’Opéra des Flandres, tandis qu’en avril la plus sage Liège nous fera redécouvrir le Manon Lescaut d’Auber, compositeur du début du dix-neuvième siècle dont les Parisiens ne connaissent souvent que la rue et la station portant le nom dans le quartier de l’Opéra et des Grands Magasins. Quant aux rives de la Loire, elles donneront au même moment une création mondiale, Maria Republica de François Paris, avant d’offrir une seconde chance de goûter le Svadba d’Aix-en-Provence à ceux que la torpeur estivale a rendu hermétique à cette veille de noces a cappella…
Par Gilles Charlassier
Les Chevaliers de la table ronde, tournée jusqu’en mars 2016