Une semaine après le cessez le feu théorique entre Israël et la bande de Gaza, il n’est pas superflu de rappeler la définition de l’équité aux politiques et aux médias français: vertu qui consiste à régler sa conduite sur le sentiment naturel du juste et de l’injuste. Autant dire qu’à part La France insoumise, immédiatement taxée d’antisémitisme, Israël a réussi, après le 7 octobre 2024, une opération militaire et de propagande toute aussi meurtrière qu’obscène.
Mais le manichéisme opportuniste de Benjamin Netanyaou- « si vous n’êtes pas pour nous, vous êtes contre nous »-plus les projections d’images abominables du pogrom du 7 octobre 2024 aux politiques et journalistes bien à l’abri dans leur rédaction, ont achevé de désigner les monstres. Dignes d’être exterminés par un tsunami de bombes; et pour ceux qui y auraient échappé, les priver d’eau courante, de nourriture, de soins, de tentes et de couvertures avec l’arrivée de la pluie et la chute des températures.
Bilan fin juin 2024, encore provisoire, beaucoup de morts étant encore ensevelis sous les décombres que les Gazouis n’ont que leurs mains pour fouiller, environ 64 260 morts (selon une étude publiée le 10 janvier 2025 dans l’inattaquable revue médicale The Lancet). Une guerre totale où hôpitaux, écoles sous l’égide de l’ONU, camps de réfugiées, humanitaires (333 morts) ou journalistes palestiniens (160 tués, ce qui fait de cette guerre la plus meurtrière pour les reporters au XXIème siècle) ont été délibérément visés. A ajouter au blocus de l’aide humanitaire à la frontière à Rafah tandis que les largages par la mer ou par l’air ne sont plus assurés depuis huit mois. Et qu’en Cisjordanie, des colons israéliens abattent comme des chiens leurs voisins palestiniens-déjà 546 morts- avec 100 000 ports d’armes délivrés en Israël depuis quinze mois, l’Etat assurant même leur distribution.
Un Israélien tué pour 45 morts Palestiniens
Car si la vie d’un homme a le même prix, quelle que soit sa couleur, sa religion ou le côté de la frontière où il est né, comment la communauté et les médias internationaux, pour la première fois de l’histoire interdits d’accès pour témoigner, ne serait-ce de l’odeur insoutenable des cadavres, dans un pays détruit à 95% ont pu manquer à ce point d’équité, depuis quinze mois jusqu’à ce samedi 25 janvier 2025, où l’on a cessé de voir des images tourner en boucle de trois otages soldates israéliennes libérées, bien plus victimes du gouvernement israélien qu’elles avaient alerté de mouvements suspects du côté de la frontière avec Gaza, que de terroristes nourris par la haine des traitements subis dans les geôles israéliennes, à l’abri de tout regard.
En revanche, combien de caméras, côté égyptien, pour filmer des ambulances ou des minibus relayés par des hélicoptères pour extirper de l’enfer de Gaza, les otages israéliens capturés par le Hamas, le 7 octobre 2024-au total 94 personnes. Des boucliers humains qui n’ont en rien accéléré les négociations ou limité les bombardements sur cette bande de 365 km² comptant 2,1 million d’habitants, ce qui en fait l’un des territoires les plus densément peuplés au monde. Amhad, journaliste palestinien que LePariser a pu interviewer par What’s app, y a perdu ses cousins par dizaine. Autant de civils traités comme des coupables dont 70% seraient, d’après l’ONU, des femmes et des enfants dont leur famille ne retrouve le plus souvent que des morceaux de leur corps ou des os. A cela s’ajoutent plus de 100 000 blessés ou mutilés, avec des chirurgiens contraints de n’en sauver qu’un alors que tous les autres arrivent en urgence vitale.
Mais, il n’y a pas que les corps qui souffrent, comme le montre son reportage diffusé sur Arte- replay ci-dessous. Les traumatismes psychologiques sont incalculables, avec des enfants en état de choc comme le fils d’Amhad, trois ans, qui hurle lorsqu’une porte est fermée. Un autre journaliste a choisi de raconter à son fils qu’ils étaient en vacances sous une tente, reprenant à son compte le scénario de La vie est belle, inoubliable fiction de Roberto Benigni qui faisait croire à son fils, que leur camp de concentration était un terrain de jeux multipliant les épreuves pour gagner un char. La Shoah qui inspire un Palestinien, l’histoire fait parfois de très mauvaises blagues.
Par Laetitia Monsacré